J’accuse

Mis en avant

TINDER

J’accuse les sites de rencontres de transformer les hommes et les femmes en pots de yaourts aux arômes chimiques

De faciliter la rencontre à l’extrême

De donner la chance à tout le Monde et finalement à personne

De favoriser le nombre, la masse, la foule

De nous réduire à des photos de profils flatteuses, un âge et une description écrite à la va-vite

De tuer le jeu de la séduction, des petites attentions et tout le reste

D’aller au plus intime avant d’aller à l’essentiel

De ne plus prendre le temps

De remplacer le doute légitime des débuts par le renoncement

De courir quand on devrait marcher

De regarder devant quand on pourrait regarder à côté

D’offrir à la vue des selfies ridicules dans les miroirs des salles de bains et d’autres photos en bande histoire de tromper l’ennemi

De transformer nos parcours amoureux en liste interminable de noms qu’on finit par oublier

De remplir les lits mais pas les cœurs

D’inonder nos téléphones de messages désespérés d’âmes seules et affamées à des heures très tardives

D’automatiser ce qui ne devrait être que maladresse, spontanéité et pudeur

De nous imposer de répéter plusieurs fois dans la même journée que l’on va bien et qu’on ne sait pas ce qu’on cherche ici

De nous rendre plus beau qu’on est, plus fun et plus charismatique

De ne pas révéler que parfois derrière un profil, il y a une voix de crécelle à la limite du supportable

D’affaiblir la confiance en soi et de toucher nos orgueils profondément

De nous faire croire que tout ceci est à prendre à la légère

De se faire rencontrer des chasseurs et des grands amoureux

De disperser de l’amertume et du regret

De ne plus être curieux du collègue ou du mec rencontré en soirée

De rendre les discussions stériles alors qu’on aurait tant à raconter

De nous rendre périssables

De nous laisser croire que le célibat est un problème

Et de faire de cette solution LA solution

De donner à notre index bien plus de pouvoir qu’il n’en a jamais eu

Et de le rendre décisionnaire à cause d’un nez trop gros ou d’une mèche mal coiffée

De nous forcer à qualifier la nature de nos relations, très vite

De rendre les gens insomniaques

De ne plus nous faire surprendre par la vie

De nous faire confondre besoins et envies

Allez viens, éteins tout ça, je te raconterai comment je me suis faite cette cicatrice au front et on rigolera de ton gros nez. D’ailleurs maintenant que je te vois de près, il n’est pas si gros ce nez tu sais. Allez viens qu’on se rencontre au hasard d’un concert en attendant notre tour devant les toilettes, dans la queue au Monop’, au détour d’un voyage…Viens.