Lecture – Chanson douce

Mis en avant

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« Dans le salon, Louise a disposé un bouquet de dahlias. Le dîner est prêt, les draps sentent la lessive. Impossible, pensent-ils, de se passer d’elle. Ils réagissent comme des enfants gâtés, des chats domestiques. »

C’est sur les conseils de l’un(e) de vous (dont j’ai oublié le nom – honte sur moi), que j’ai choisi ce roman, lasse de mes choix habituels.

Chanson douce s’ouvre sur une scène d’horreur, celle d’un double infanticide perpétré par Louise, une nounou d’abord perçue comme un miracle chez une famille fragilisée par l’épuisement parental et ce besoin culpabilisant mais naturel de souffler.

Débarrassés de la fin et du suspens auxquels nous accordons souvent une importance démesurée, j’ai pu aisément me concentrer sur le fondement de l’histoire et l’ambivalence déroutante des personnages.

Dans ce roman, personne n’est tout noir ou tout blanc et c’est ce partage des vices qui rend parfois la lecture si gênante entre le « je ne veux pas en savoir davantage » et cette curiosité humaine (malsaine ?) de comprendre la mécanique qui engendre un tel drame.

Louise n’est pas une nounou ordinaire. D’ailleurs Louise n’a rien d’ordinaire. Et si l’on devine au travers des scènes sa complexité, son besoin de créer une dépendance vis-à-vis de ses employeurs et son rapport presque charnel à eux, Leila Slimani fait pourtant le choix de ne pas tout dire. Elle ne nous prend pas par la main, ne nous livre pas toutes les ficelles. Un manque pour certains, une chance pour d’autres jugeant ce parti pris stimulant pour nos imaginaires en berne, faute d’être trop nourris, gavés à coup de détails et d’illustrations en tout genre.

Dérangeant ce livre l’est mais il y a dans ce type de lecture quelque chose qui pousse nos limites et nos repères et nous incite à lever un peu plus la tête quitte à voir, sans pour autant l’accepter, l’immondice dans le sourire.

Chanson douce – Leila Slimani – Edition Gallimard