Tranche de vie : 24h dans la vie d’une blonde

Mis en avant

 

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Samedi

8h: Hey Salut belle gosse! Mon miroir se fout ouvertement de ma gueule. J’ai la tronche de travers, des cernes jusqu’aux genoux et les cheveux en vrac.

9h : Je décide qu’aujourd’hui est un grand jour. Je vais devenir blonde. Pas blondinette ni avec de légers reflets. Je serai blonde platine.

10h : Boutique du coiffeur (le genre d’endroits qui devraient être interdits aux gens lambda, enfin à moi surtout – on pourrait peut-être installer des vigiles comme au Casino pour les accros) : « Bonjour copine, je voudrais décolorer ma tignasse, qu’est-ce qu’il me faudrait ? ». A ce moment précis, cette femme est ma nouvelle meilleure amie.

12h : De retour chez moi et armée d’un équipement digne de Franck Provoc’, je dégaine le T-shirt de ma boite pour m’apprêter à faire la guerre (désolée Patron). J’avais prévu de faire quelques mèches pour le fameux effet « coup de soleil ».  Grosse blague, je suis lancée, plus rien ne m’arrête et c’est ma tête presque entière qui subit mes assauts de peintre en bâtiment.

12h30 : Temps de pause maxi 30 minutes m’avait dit ma pote. Mais 30 minutes à partir de quand ? Quand j’ai lâché mon pinceau, fière de mon œuvre après 15 raccords sur les mèches épargnées ou 30 minutes au début de l’attaque ?

12h40 : J’écarte le produit d’une mèche pour voir « si ça a pris ». Je ne prends pas le temps de me répondre que je suis déjà sous la douche espérant presque que l’eau estompe ce que je viens de voir. Je rince énergiquement. 1 fois. 2 fois. Après j’ai arrêté de compter. J’enchaîne avec le shampoing violet supposé neutraliser le jaune (« Pourquoi il faut neutraliser le jaune ? Je veux être blonde copine, pas jaune, blonde comme Pamela, Sharon et toute la bande !!).

13h : Pamela et Sharon sont mortes de rire. Du « coup de soleil », je suis passée au stade de grosse insolation en plein mois d’août. J’ai fini de sécher mes tifs. Y’a plus d’espoir. Je ne me reconnais pas. J’ai déjà envoyé 10 MMS de ma trogne (et reçu 10 SMS de « oh non c’est pas si grave / Franchement ça passe / oui bon c’était mieux avant mais je t’assure que c’est pas si mal »). J’ai envie de mourir en avalant ce qu’il reste de déco mais l’odeur de ce truc me fait renoncer. Je suis loin de la blonde australienne aux reflets dorés. Je suis juste moi en plus moche (et plus jaune).

23h : J’ai déjà tapé « Rattraper décoloration » sur Google et ai lu au moins 3 pages des résultats de recherches. Je suis aussi tombée sur une dizaine de vidéos mentionnant l’importance de « laisser ça à des professionnels » (et patati et patata).

Dimanche

8h : Je me demande à quelle heure ouvre le Monop’ en bas

9h : Je parcours les 50 mètres qui me séparent du magasin comme si tout le voisinage avait reçu une Newsletter dans la nuit sur les déboires de ma tignasse. Devant le rayon des colorations, je compare les nuanciers. Et puis après avoir tergiversé un bon moment, j’opte pour le packaging le plus classe (parce que les écritures sont en relief et satinées), persuadée qu’au point où j’en suis, je ne pourrais pas être pire.

10h30 : Je revis. Littéralement. Mon souffle étant celui d’une vache en plein coït depuis bientôt 24h. Finie la blonde déguelasse. C’est pas extraordinaire mais cette fois c’est moi qui me dis « ça passe ».

11h : je déclare l’armistice entre ma crinière et moi-même. Et surtout, je décrète comme on me l’a souvent répété que coiffeur, c’est un métier.