Séville : ma douce parenthèse andalouse

Mis en avant

J’ai d’abord voulu écrire un article de globe trotteuse avec des adresses de bar à Tapas, des horaires, des tarifs et des astuces pour vous faire gagner du temps, prioriser vos visites et revenir de Séville en vous disant « mais quelle chance j’ai eu d’être tombé sur ce blog ! ».

Et je me suis souvenue que je ne savais pas faire. Je ne sais jamais que raconter des histoires et des sentiments. Faute de trouver ici de précieux conseils pour votre prochain trip andalou, vous pourrez au moins y découvrir une tranche de vie.

Le voyage a ceci de particulier qu’il peut complètement se détacher du reste. Bien qu’il n’opère pas de changement systématique sur ce que nous sommes, nous pouvons au moins admettre qu’il offre une parenthèse. Les parenthèses, lorsqu’elles sont agréables, sont aussi jouissives que cruelles. Un condensé de plaisirs éphémères qu’un vol retour suffit à stopper net.

Je vous avais dit que je ne savais pas faire…

Alors plutôt que d’être la pâle copie d’un Lonely Planet ou de voir ce petit trait clignotant persister sur un Word tristement nu, je vous invite à me suivre sur ces 3 jours colorés et rythmés par le binôme que ma fille et moi formons depuis 9 ans.

Je n’avais déjà pas mis un pied à Séville que j’avais déjà une liste longue comme le bras de péripéties. D’abord, les 2h de retard de mon vol, ah non pardon 1h45 (2h étant la limite pour enclencher les indemnités, il est pas con Ryan). Une petite fouille corporelle est venue compléter l’aventure, et s’il m’arrive d’aimer le contact humain, le toucher, cette douce sensation d’un moment partagé, là rien, walou.

J’ai eu beau passer en revue tous les petits bonheurs qu’offre un aéroport (aller-retour aux toilettes, 2 fois, achat d’une bouteille d’eau à 3€, 1 fois et baby-foot non conforme, 2 parties), elle était longue cette heure 3/4.

J’ai prévenu mon hôte Airbnb qui m’a réclamé 20 balles pour le retard (« for the late check out » gnagnagna). J’ai commencé à me dire que le cul bordé de nouilles, c’était pour les autres.

Alors quand enfin j’ai entendu le numéro de la porte d’embarquement, j’ai eu une vraie satisfaction, comme après une grosse vaisselle de lendemain de soirée. La, à côté des Pass prioritaires qui me doublaient comme s’ils avaient eu le dernier strapontin de la ligne 13, j’étais bien.

Ca, c’était sans compter l’épisode suivant de la gendarmette qui allait me faire office de voisine. Ma nouvelle amie avait bien l’intention de me balancer à l’hôtesse parce que je lui faisais l’affront de ne pas éteindre mon téléphone.

Elle m’a gonflée, j’ai eu envie de lui sortir un tacle terrible qui lui ferait fermer son clapet.

En fait j’ai juste balbutié un vieux truc sur mon âge et un autre qui sonnait comme «vous allez pas m’apprendre la vie ». Y’avait de l’idée mais j’ai quand même senti tout mon charisme se barrer par le hublot sans parachute. J’ai repris mes esprits, j’ai trouvé le fameux tacle et puis quand je l’ai vu enfoncer ses talons dans son siège, je me suis dit que j’avais peut-être des batailles plus chouettes à mener que de faire une leçon de vie à cette mégère.

Et puis enfin, Séville.

Je comprends les personnes qui n’aiment pas Séville autant que ceux qui n’aiment pas le Nutella. C’est si facile d’en tomber amoureux. On se perd dans ses rues. Derrière chaque porte, un patio, une fontaine, des mosaïques.

Je n’ai pas voyagé comme je le fais seule habituellement. J’ai cherché le rythme qui pourrait correspondre à ma fille et moi, alliant mon besoin de ne pas passer à côté de l’essentiel et son envie d’un moment simple et de jolies choses. Et des jolies choses, on a vu que ça.

J’ai laissé volontairement la description suivante rédigée par ma douce qui avait pris en otage mon PC :

« D’abord le Palais d’Alcazar, une merveille, ce palais contenait des petits jardins, des tableaux ou bien encore des fontaines avec plein de petits décors autour très jolis comme des sculptures. Il y avait même une fontaine où il y avait des vrais canards qui se promenaient sur la sculpture. »

Il semblerait cependant que la présence de vrais canards sur la sculpture ne soit pas garantie toute l’année. A vérifier.

Vous pouvez ne pas faire les Arènes qui n’ont rien d’incroyable et dont certaines salles sont fermées à la visite pour cause de travaux mais le Palais d’Alcazar n’est pas optionnel.

Si certains trouvent grotesques les gros champignons appelés Métropol Parasol jugeant l’édifice complètement hors sujet au cœur d’une Séville « authentique », j’ai au contraire aimé l’audace de ce provocateur métallique qui offre une vue assez bluffante sur la belle andalouse.

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Nous avons ensuite enchaîné par la visite de la Cathédrale. J’ai beau croire en Dieu autant qu’au pouvoir des graines germées sur mon métabolisme, je n’en suis pas moins sensible à l’atmosphère qui y règne et à la multitude de petites annexes accessibles via de petits couloirs en pierre, un vrai labyrinthe.

Une cathédrale impressionnante (belle hauteur sous le plafond aurait ajouté Stephane Plazza) qui fait définitivement partie des immanquables.

J’ajoute à cette liste la Place d’Espagne dont le moindre recoin pourrait être un spot à photos. Je me suis longtemps vantée d’habiter à proximité de la Place Wilson à Dijon, avec son kiosque et sa fontaine. Là, on était clairement un cran au-dessus. Non, en fait, oubliez Dijon.

Pour clore cette parenthèse andalouse, nous nous sommes rendus à la Casa de Pilatos, une version très réduite du Palais d’Alcazar avec un guide espagnol en bonus histoire de voir les yeux ahuries de ma fille.

– Tu comprends ce qu’elle dit toi??

– Non, mais je sais très bien faire semblant.

J’aurais pu aussi vous raconter comment j’ai dû rentrer chez moi quasiment en roulant tellement nous avons remplis nos panses de tapas en tout genre et à quel point ce petit périple m’a donné le goût des voyages avec Elle (ses « donne moi la main pour dormir » n’y sont probablement pas étrangers mais que voulez vous je suis faible…).

Je retiens surtout qu’au delà du coup de cœur pour Séville, le voyage est avant tout ce que nous choisissons d’en faire. On se souviendra toujours des monuments, des lieux, des rencontres, mais les couleurs finiront par s’estomper, les odeurs par s’évaporer. Ce que nous garderons de manière indélébile, et bien au delà de la destination est toujours davantage lié au contexte et à l’imperceptible.

Et pour ce voyage là, j’ai suffisamment rempli ma besace de douces sensations pour me projeter déjà dans une nouvelle aventure…

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