Des crêpes et un sourire

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La petite « aventure » a commencé il y a environ 1 an lorsque ma fille s’est mise à réagir à la vue de sans abris :

  • Pourquoi ils sont là ? Pourquoi personne ne fait rien ?

Et ce n’était pas une lubie passagère, non, ma fille découvrait la compassion.

A chaque SDF qu’on croisait, elle reprenait l’argumentaire ne comprenant pas toujours les raisons qui m’incitaient à ne pas m’arrêter, à ne rien donner.

Et à mesure que je me justifiais, je réalisais l’énormité de ce que j’avançais. La réalité c’est que je n’allais pas devenir pauvre en donnant 1€ pas plus que j’allais faire grimper le taux d’alcoolisme. Je m’étais juste imbriquée dans une posture d’ignorance. Ce que je ne veux pas voir, je ne le vois pas.

Alors, quand la semaine dernière, elle est revenue à la charge, j’ai répondu : ok, mais je ne donne pas d’argent, je veux bien qu’on cuisine pour eux en revanche. N’ayant pas de four à la maison et aucun niveau dès qu’il s’agit d’assembler des ingrédients entre eux et d’en faire quelque chose de mangeable, je me suis rappelée que s’il y avait bien un truc que je maitrisais, c’était la crêpe.

Attention, Ladies and Gentlemen, laissez passer et savourer LA crêpe. Oui, bon, j’ai mis 10 œufs dans un gros saladier, y ai ajouté de la farine, de l’huile et du lait. Clairement, je n’ai pas réinventé le concept.

Une fois les petites crêpes savamment réparties dans des assiettes (auxquelles il a fallu ajouter des sachets de sucre « parce que sinon elles n’auraient pas assez de goût » m’a-t-on susurré à l’oreille), il a fallu descendre dans la rue pour les distribuer.

Et c’est sans doute la partie la plus sensible et délicate de notre affaire. D’abord, parce que j’étais très intimidée, craignant de déranger. J’ai donc décidé de m’adresser uniquement à des personnes qui mendiaient. J’aurais eu trop peur de proposer mon art culinaire à un mec juste tranquillement posé par terre.

Il y a d’abord eu cette femme allongée, pas endormie mais qui n’était de toute évidence pas en état de me parler. Je lui ai proposé mon aide sans insister. Ma première tentative était un échec cuisant.

Quelques mètres plus loin, un premier homme accepte. Je rôde mon discours gentiment, j’ai préparé des crêpes avec ma fille et ça me fait plaisir de lui en faire profiter. Je lui souhaite un bel après-midi avant de m’éloigner.

Un autre homme m’écoute avec attention en grimaçant. Je comprends alors qu’il ne parle pas français et me contente de lui présenter l’assiette qu’il prend en me remerciant.

Et puis il y a cet homme vers qui je m’assoie. Nous avons un échange de regard presque amical. Il pourrait être mon père mais il paraît encore bien plus âgé. Ses traits sont marqués, il a l’air pourtant serein et son sourire illumine son visage. Je ne me demande pas ce qui l’a amené ici, je vis juste ce moment.

Alors, on n’a pas fait la révolution, nos crêpes, ma fille et moi. Je ne me targue de rien et il y aurait bien mieux à faire.

Mais j’aurais montré à ma fille que du haut de ses 8 ans, sa force de persuasion est une chance et que si nous ne sommes pas toujours en mesure de faire de grandes actions, nous pouvons au moins essayer d’en réaliser de petites. Alors, comme ça, peut-être qu’on pourrait, à bout d’idées, de crêpes et de sourires, faire bouger les choses.

Une réflexion au sujet de « Des crêpes et un sourire »

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