Heureux sans nous

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S’il est bien une chose qui semble aggraver la douleur ressentie après une rupture c’est le bonheur de l’autre.

Comme si le rejet ne suffisait pas, l’autre nous envoie le message « regarde, sans toi je vais bien, je vais même mieux »

On peut toujours se souhaiter d’être heureux, de faire une jolie rencontre, la vérité c’est que tant qu’on n’est pas pleinement guéri de son chagrin, la vision enchanteresque que nous offre l’autre de sa nouvelle vie est aussi dure à supporter que le bruit des ongles sur un tableau noir.

Et il n’y a pas à en culpabiliser. Car il n’est pas ici question de choix.

Qui peut supporter en plein chagrin d’amour de voir l’être aimé en mega kiffe de la life ?

Fictive ou non, cette vision alimente en flux continu notre imaginaire et nous enferme dans une souffrance dont on pense à tort qu’elle dépend uniquement de l’autre, sous-entendu nous irons mieux quand l’autre ira mal.

Qui n’a jamais reçu ces fameuses dernières phrases dites avant de se laisser, comme un dernier souffle d’apaisement qui ressemblerait à peu près à ça : « sois heureux, trouve quelqu’un de bien » alors qu’on est soi-même juste en train d’essayer de trouver la surface pour récupérer un peu d’air ?

Bref bien bien loin d’être en quête du successeur.

D’ailleurs combien de fois avons-nous juste eu envie de répondre « mais c’est avec toi que je veux être tocard !! ».

Je n’ai jamais souhaité à un ex amoureux d’être heureux aux bras d’une autre parce que j’ai toujours eu ce sursaut d’honnêteté, persuadée que s’il y a une autre c’est qu’il a à un moment cherché ce qu’il ne trouvait pas avec moi.

Cette analyse bon marché est un piège dont il est difficile de se défaire et pourtant quelques pistes sont à explorer :

  • Si la colère nourrit la colère, il en est de même pour toute la palette d’émotions qui nous anime. C’est une vraie bonne nouvelle quand on sait que parmi elles se trouve la joie, l’envie, le bonheur…
  • D’ailleurs si la colère est presque un passage obligatoire, elle ne doit pas nous forcer à mettre de côté que si à un moment il y a eu un couple, c’est qu’il y avait de bons moments. Sans ouvrir les albums photos et y verser notre petit torrent de larmes, nous pouvons au moins admettre en toute sincérité qu’à un instant T c’était chouette et que ces instants T nous appartiennent à lui et à nous et qu’il ne les retrouvera tels quels avec personne d’autre. C’est ce qui fait la singularité de chaque histoire. C’est ce qui fait notre singularité. La multitude d’anecdotes qui nous font sourire quand nous y repensons, c’était ça, notre histoire. Nous ne pouvons pas en vouloir Ad vitam æternam aux personnes qui nous ont rendu heureux à un moment dans nos vies sous prétexte qu’ils ont décidé de les quitter. Car ils nous ont offert cette précieuse chose qu’est le bonheur. Ainsi quand j’écoute une chanson de Tina Arena, j’ai le sourire aux lèvres et seul un homme dans le Monde sait pourquoi. Voilà, on a tous nos petits secrets. C’est aussi ça avoir été en couple.
  • Maintenant que nous sommes aptes à penser à cette histoire avec tendresse, nous allons devoir enterrer toutes possibilités. L’espoir d’une redite en toile de fond c’est le boulet qui freine notre avancée. Inutile pour autant de se ruer sur tous les mâles et femelles qui nous entourent même si la tentation de vivre NOUS AUSSI d’autres histoires est bien vive. Nous devons apprendre à agir par envie, non dans un esprit de compétition. Et puis faire la course au bonheur lorsque l’on ne peut que faire des suppositions sur la position de l’autre dans la course, c’est un sacré coup d’épée dans l’eau !
  • Cela ne soulagera guère les maux mais tout ce que l’autre laisse passer comme info n’est pas en prendre pour argent comptant. Une photo d’un couple souriant sur les réseaux n’est pas nécessairement un couple souriant dans la vie. C’est uniquement l’image que l’autre souhaite renvoyer. Lorsque nous pleurons devant ce genre d’images, nous pleurons peut-être devant un leurre.
  • Ce qui m’amène à mon dernier point. Eviter cette comparaison stérile signifie ne plus avoir aucune nouvelle. Au moins pour un temps. Et ce sera le plus dur pas à franchir. La vie est longue, il n’y a pas de fatalité, on peut se dire Au revoir un jour et reprendre des nouvelles 1 an après. Nous ne sommes pas obligés de tomber dans le mélodrame parce que nous avons été blessés. Cette réflexion va à l’encontre de nombreuses croyances qui consisteraient à ne jamais se retourner, à penser que la reprise de nouvelles est un aveu de faiblesse ou un risque d’une « rechute ». Je ne suis pas d’accord avec tout ça. Si nous nous connaissons, nous savons à quel moment la reprise de contact peut être bénéfique. Il faut tout de fois envisager que l’autre n’y donne pas suite et l’accepter, ce qui peut être vécu comme un second rejet. L’idée est donc à amener avec la plus grande prudence.

Personne n’exige de nous d’être heureux du bonheur de l’autre et personne ne nous demande de mentir sur le sujet.

La guérison passe par un savant mélange de moments d’indulgence envers soi et de coups de pied aux fesses.

Savoir s’écouter ne doit pas nous pousser à ancrer notre postérieur dans le fond de notre canap’ car si l’autre est capable d’être heureux sans nous, de toute évidence, nous sommes capables d’être heureux sans lui.

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